Médication et troubles du comportement chez le chien : une approche conjointe entre vétérinaire et éducateur
- Jordi Boggione

- il y a 1 jour
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Les troubles du comportement chez le chien restent encore largement incompris. Agressivité, anxiété chronique, hyperréactivité ou troubles des auto-contrôles sont souvent réduits à des problèmes d’éducation ou de cadre. Pourtant, dans certains cas, ces manifestations traduisent un véritable mal-être émotionnel et neurologique, qui dépasse le champ éducatif classique.
La médication comportementale chez le chien, lorsqu’elle est indiquée et strictement encadrée par un vétérinaire comportementaliste, peut alors devenir un soutien précieux à la rééducation. Cet article est le fruit d’un travail collaboratif entre Jordi Boggione, éducateur canin comportementaliste chez JO & DOG, et Océane Richard, vétérinaire comportementaliste, afin d’apporter un éclairage croisé entre terrain et médecine comportementale.

Troubles du comportement chez le chien : Quand le comportement du canidé dépasse le cadre éducatif
Sur le terrain, certains chiens présentent des profils pour lesquels les méthodes éducatives, même respectueuses et cohérentes, atteignent rapidement leurs limites. Ces chiens vivent dans un état de surcharge émotionnelle permanente. Chaque stimulation devient un déclencheur potentiel, chaque interaction une source de tension.
Dans ces conditions, le chien n’est pas en capacité d’apprendre. Il ne s’agit ni de mauvaise volonté ni de désobéissance, mais d’un système émotionnel saturé. Tant que cet état persiste, la rééducation comportementale progresse peu, voire pas du tout.
Reconnaître ces limites est une étape essentielle pour éviter l’épuisement des familles et la souffrance du chien.
La consultation vétérinaire comportementale comme outil de compréhension
La consultation de comportement réalisée par un vétérinaire comportementaliste permet d’évaluer l’état émotionnel et mental du chien. Selon Océane Richard, cette consultation vise à déterminer si l’animal présente un mal-être profond, lié par exemple à de l’anxiété pathologique, à un déficit des auto-contrôles ou à d’autres troubles du fonctionnement émotionnel ou neurologique.
Lorsque ces troubles sont identifiés, la mise en place d’un traitement médicamenteux peut être envisagée de manière temporaire, dans l’objectif d’apaiser le chien dans son quotidien et de rendre la rééducation comportementale possible.
Réduire la durée de souffrance de l’animal et rendre cette période plus vivable constitue un élément central de la démarche médicale.
Médication comportementale chez le chien : de quoi parle-t-on réellement

Dans le cadre des troubles du comportement canin, certains traitements psychotropes peuvent être prescrits par le vétérinaire comportementaliste, notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, comme la fluoxétine, ou d’autres molécules adaptées au profil du chien.
Océane Richard rappelle un point essentiel. Elle n’est pas anesthésiste, mais vétérinaire comportementaliste. L’objectif du traitement n’est jamais d’endormir ou de neutraliser l’animal, mais de diminuer une surcharge émotionnelle qui empêche toute stabilité et tout apprentissage.
Ces traitements sont, dans la majorité des cas, bien tolérés chez le chien lorsqu’ils sont correctement prescrits et suivis. Les effets secondaires sont généralement limités, tandis que les bénéfices sur la régulation émotionnelle peuvent être déterminants.
Pourquoi la comparaison avec l’humain est une erreur fréquente
L’une des principales inquiétudes des propriétaires repose sur une comparaison directe avec l’humain. Certains associent ces traitements à une perte d’énergie ou à un état de ralentissement émotionnel parfois décrit chez certaines personnes.
Cette comparaison est pourtant inadaptée. Les effets d’un traitement chez l’humain ne peuvent pas être transposés directement au chien. Lorsqu’un traitement est bien indiqué et ajusté, le chien ne « végète » pas. Il ne perd ni sa personnalité ni son intérêt pour l’environnement.
Sur le terrain, ce que l’on observe est une diminution de la surcharge émotionnelle. Le chien reste actif, curieux et engagé, mais il n’est plus submergé en permanence par ses émotions.
Le traitement comme béquille thérapeutique au service de la rééducation
Pour illustrer cette approche, Océane Richard compare le traitement à une béquille. Une personne peut théoriquement se rééduquer après une fracture sans béquilles, mais la douleur sera plus intense, la récupération plus longue et le risque de compensation plus élevé.
Avec une béquille, la rééducation reste indispensable, mais le parcours devient plus confortable et plus efficace. Il en va de même pour le chien. Le traitement ne remplace jamais la rééducation comportementale, il la soutient.
Ce que l’on observe concrètement dans le travail de terrain
Sur le terrain, les effets d’une prise en charge conjointe sont particulièrement visibles lorsque le traitement est correctement indiqué et intégré dans un travail comportemental structuré.
En tant qu’éducateur canin comportementaliste chez JO & DOG, je suis spécialisé dans l’accompagnement de chiens présentant des troubles du comportement. Pourtant, seuls environ dix pour cent des chiens que nous suivons bénéficient d’un traitement médicamenteux. Ce chiffre illustre clairement que la médication n’est jamais une réponse systématique, mais une aide ciblée, utilisée uniquement lorsque le fonctionnement émotionnel du chien empêche tout apprentissage.
Chez ces chiens, l’association d’un traitement médical et d’un travail comportemental permet souvent de débloquer des situations jusque-là figées. Le chien retrouve une stabilité émotionnelle suffisante pour se poser, analyser son environnement et entrer réellement dans un processus d’apprentissage. Là où chaque stimulus déclenchait auparavant une réaction immédiate et incontrôlée, le chien devient progressivement capable de réfléchir avant d’agir.
Ce retour à une disponibilité émotionnelle ne transforme pas le chien. Il lui permet simplement de fonctionner de manière plus équilibrée. La rééducation comportementale devient alors possible, durable et sécurisante, aussi bien pour le chien que pour son entourage.
Une collaboration indispensable entre vétérinaire et éducateur

La prise en charge des troubles du comportement complexes repose sur une collaboration étroite entre professionnels. Le vétérinaire comportementaliste intervient sur le plan médical, pose le diagnostic et ajuste le traitement. L’éducateur canin comportementaliste travaille quant à lui sur le terrain, dans l’environnement réel du chien, en accompagnant la famille au quotidien.
Chez JO & DOG, cette approche pluridisciplinaire permet d’offrir une prise en charge globale, cohérente et respectueuse, centrée sur le bien-être émotionnel du chien.
Conclusion
La médication comportementale chez le chien ne doit ni être diabolisée ni utilisée de manière systématique. Lorsqu’elle est prescrite à bon escient, dans un cadre médical strict et associée à un travail comportemental sérieux, elle peut devenir un levier essentiel dans la rééducation de chiens en grande difficulté émotionnelle.
Reconnaître que certains chiens ont besoin d’un accompagnement à la fois éducatif et médical permet d’éviter des situations d’échec et de replacer le bien-être animal au cœur de la démarche.
Les conseils d’Océane et Jordi
Ne pas réduire un trouble du comportement à un simple problème éducatif, mais considérer l’état émotionnel global du chien. Respecter les limites émotionnelles du chien et accepter que certains profils nécessitent un accompagnement médical temporaire. Utiliser la médication comme une béquille au service de la thérapie comportementale, et non comme une solution isolée. Travailler en collaboration étroite entre vétérinaire comportementaliste et éducateur canin comportementaliste. Placer le bien-être émotionnel du chien au cœur de toute prise en charge.
Article rédigé à deux voix


Jordi Boggione Éducateur canin comportementaliste JO & DOG
Océane Richard Vétérinaire comportementaliste









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